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Des mesures insuffisantes pour la plus pauvre région du Sénégal

 

Le manque de culture de nos dirigeants et leur vision limitée du développement sont les principales sources des maux de beaucoup de régions du Sénégal. Notamment le sud et l’est. Les plus ambitieux projets de développement ne sont, généralement, jamais étendus vers les parties orientale et méridionale du pays. Les régions de Ziguinchor, Sédhiou, Kolda, Tambacounda et Kédougou sont les plus mal loties en matière d’infrastructures. Et paradoxalement, ce sont les régions qui regorgent le plus de potentialités économiques et dans des secteurs porteurs et très divers.  

La récente tenue du Conseil des ministres décentralisé motive cette modeste réflexion. Après, l’excursion gouvernementale dans l’ancienne capitale de la Casamance, Sédhiou, c’est une enveloppe de 187 milliards FCFA, finalement réajustée à 200 milliards FCFA, qui a été allouée à l’une des régions les plus pauvres du pays pour amorcer son émergence économique. «Émergence», un terme en vogue sous le magistère Sall. Malheureusement, c’est un objectif que le Sénégal aura du mal à atteindre dans les deux prochaines décennies à cause d’une vision escamotée du développement économique, érigée en mode de gouvernance sans forme ni fond par une classe politique, narcissique et à l’ego surdimensionné, incapable de voir plus loin que le bout de son nez.

 « Sédhiou manque presque de tout », disait Macky Sall, le mardi 24 février dernier lors du Conseil des ministres décentralisé tenu dans cette ville. Un constat général fait par tous ceux qui ont eu l’occasion de séjourner à Sédhiou ; une ville que des touristes français décrivaient comme « un village tranquille dans la région de Casamance » dans leurs carnets de voyage publiés sous forme de « Guide de Sédhiou ». C’était en 2010, deux ans après l’érection de cet ancien département de la région de Kolda comme chef-lieu de région. Sept ans après son statut de région du Sénégal, Sédhiou continue de manquer de tout avec un taux de pauvreté de 65%.

En effet, sur les mille cinq cents (1500) médecins, répertoriés au courant de l’année 2011 au Sénégal, la région de Sédhiou n’en disposait que 4, soit en moyenne 1 médecin pour près de 50 000 habitants. Et sur les neuf cent quatre-vingt-dix (990) sages-femmes que comptait le pays en 2011, seules 29 sages-femmes officiaient à Sédhiou (SES 2011, ANSD 2011). La norme OMS d’au moins de 6 sages-femmes pour 1000 naissances est un luxe que Sédhiou n’atteindrait peut-être jamais dans ce Sénégal actuel. D’autant plus qu’au niveau national le ratio n’est que de 2 sages-femmes pour 1000 naissances. Ce personnel de santé insuffisant peut, en partie, expliquer, le fort taux de prévalence du Sida (1,1%) à Sédhiou face à une moyenne nationale de 0,7%. Les habitants manquent essentiellement d’informations sur certaines maladies pour une prévention plus efficace.

Sur le plan scolaire, Sédhiou remporte la palme des abris provisoires. Dépourvues d’infrastructures de base, les populations ont fait de l’éducation de leurs enfants une priorité. Malgré l’absence remarquable de l’État dans ce secteur, Sédhiou détient, paradoxalement, le taux brut de scolarisation (Tbs : 126,5%) et le taux brut d’admission (Tba : 161,8%) à l’école primaire les plus élevés du Sénégal (SES 2011, ANSD 20111). Des taux satisfaisants obtenus grâce à la détermination des habitants de Sédhiou qui, à la veille de l’ouverture des classes, parviennent à confectionner des salles de classe avec des matières locales (pailles, bois de palmiers, "krintin", etc.) pour l’éducation de sa jeunesse. Cet exemple démontre l’envie de développement de cette région. Mais malheureusement, elle n’est presque jamais accompagnée dans sa noble marche par un État qui a perdu depuis un certain temps le sens des urgences prioritaires.

Lors du récent Conseil des ministres décentralisé, tenu le 24 février 2015, aucune initiative n’a été envisagée pour débarrasser Sédhiou de ses nombreux abris provisoires servant de salles de classe. Mais tout de même, le gouvernement a promis dix (10) médecins, soixante-dix-neuf (79) sages-femmes, le rééquipement de l’hôpital existant et la construction d’un autre. Et pour faire de Sédhiou une « vraie région », l’équipe gouvernementale envisage la réalisation d’un siège pour l’exécutif local (Gouvernance, d’un commissariat de police et d’un Palais de justice. Ainsi que la construction des ponts de Marsassoum et de Diopcounda, la route du Boudhié et du Kabada et la réalisation d’un stade municipal.

D’ailleurs, pour une exécution correcte de ces projets, des habitants de Sédhiou ont mis en place un comité de suivi des promesses du président. Enfin, Sédhiou se réveille et surveille les promesses qui lui ont été faites même si elles ne parviendront pas à sortir cette région de sa pauvreté remarquable.  

Papa Moctar Sélane

 

 

 

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