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À la découverte du talent des cordonniers de Ngaye Mékhé.

À travers son entreprise B&Shoes, Matar Mouhamed Baby dévoile la créativité et l'expertise des cordonniers de NGaye Mékhé.  Ce jeune entrepreneur de 27 ans travaille pour le développement de l'artisanat sénégalais. Son rêve, est de convaincre les sénégalais  que nous pouvons avoir du beau et de la qualité tout en restant chez nous. Il souhaite surtout imposer sa marque sur le plan national et  international. Allons à la découverte du travail de ce patriote exemplaire.

 

Espritcitoyen.com : Bonjour! Matar Qu’est-ce que nous pouvons encore connaître de toi en dehors du cordonnier qui souhaite redonner à ses clients des chaussures faites par et pour des sénégalais?

Matar  Mouhamed Baby: Bonjour à tous! J'ai 27 ans. Je suis originaire de Ngaye Méckhé, une ville située à 120km de Dakar. Je suis aussi diplômé de l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar à la faculté des sciences économiques et de gestion.

Je suis jeune entrepreneur depuis presque 3 ans dans les métiers de l'artisanat (la coordonnerie en particulier) et j'ai crée une entreprise nommée B&Shoes, spécialisée dans la production et la commercialisation de chaussures en cuir made in Sénégal. 

 

Espritcitoyen.com : La cordonnerie est un métier que tu as appris dans une école spécialisée ou dans un atelier traditionnel comme on en voit ici au Sénégal?

 

Matar  Mouhamed Baby: Je précise que je ne suis pas coordonnier à la base, même si je prévois de l'être d'ici quelques temps( rires). Néanmoins, ce métier m'a toujours fasciné depuis mon enfance. Déjà à bas âge, je côtoyais presque chaque jour les ateliers de coordonneries, découvrant ainsi le talent de nos artisans et c'est de là qu'est parti mon amour pour les chaussures. Ainsi, aprés les études, j'ai pensé à créer une marque qui pourrait rendre réel ce rêve d'enfance, montrer le savoir faire des artisans de ma localité.


 

Espritcitoyen.com : B&shoes est la marque de chaussures pour hommes et femmes que tu as crée, dis-nous comment elle est née? Dans quelles circonstances?

Matar  Mouhamed Baby: L'idée de créer une marque de chaussures Made in Sénégal a été un peu influencée par ma ville natale, Ngaye Méckhé. En effet, j'habite dans une zone où l'artisanat constitue l'activité phare et j'ai grandi dans cet environnement en découvrant le savoir faire de mes fréres cordonniers, ainsi que les nombreuses difficultés qu'ils rencontrent. C'est ainsi que l'idée de créer une entreprise m'est venue, une entreprise qui permettrait d'abord à l'activité de ma ville d'être valorisée; et ensuite de montrer le potentiel des artisans locaux. Une fois à l'Université, ma vision s'est éclaircie et je me suis concrètement lancé en 2014.

Au début, c'était vraiment difficile parce que je n'avais pas trop de répères et c'était un risque de sortir fraîchement de l'UCAD et de se lancer en entrepreneuriat, tout en sachant les difficultés que rencontrent les jeunes entrepreneurs comme moi (défaut de financement, manque d'accompagnement technique etc). Mais mon choix a été fait et 3 ans après, je ne le regrette pas.

 

Espritcitoyen.com : Comme on le dit chez nous, «Machallah! thiatouwoumala»,  les chaussures B&shoes  ont une finition impeccable. Est-ce que tout le processus de fabrication est effectué à la main?       

                                                                                                                               

 

Matar  Mouhamed Baby: Merci pour ces remarques. C'est vrai que les chaussures de B&Shoes ont une bonne finition mais cela n'est que l'un des aspects fondamentaux de nos produits. En fait, nous ne voudrions pas faire la promotion de la consommation locale sans pour autant présenter des produits de qualité, modernes et qui répondent aux besoins du marché local, donc on s'est focalisé sur tous ces points qui donnent aujourd'hui ce résultat. Cependant, c'est le fruit d'un long travail qui commence en amont avec mon équipe constituée d'un chef de projet, d'un markerter et d'un designer qui modélise par des croquis les chaussures à produire; et en aval avec l'unité de production constituée essentiellement de cordonniers.

Une fois les croquis éxaminés et validés, l'unité de production procéde à la fabrication qui est à 95% manuelle. Ceci montre une fois de plus le talent de nos chers artisans.

 

Espritcitoyen.com : En parlant de processus, Matar M. baby utilise quels techniques de fabrication (le soudé ou le cousu mocassin ou le cousu sandalette etc.)?

 

Matar  Mouhamed Baby: Les techniques varient en fonction du modèle de chaussures à fabriquer. Pour les mocassins et les ballerines, on utilise le plus souvent le cousu, pour les sandales essentiellement le cousu sandalettes et le soudé et pour les autres modèles des techniques adaptées. Il arrive des fois qu'on utilise en même temps toutes ces techniques pour un modéle, l'idée est que la chaussure soit bien faite et de qualité.

 

Espritcitoyen.com : Quels sont les difficultés que tu rencontres avec  ces techniques?

 

Matar  Mouhamed Baby: Les difficultés sont plus ou moins nombreuses. D'abord, ce sont des techniques trop dures à réaliser à la main ( même si on y arrive), les machines à notre disposition sont rudimentaires et le matériel adéquat est difficile à trouver et trés cher et ceci impacte négativement sur notre travail avec des retards de livraison, une capacité de production réduite...

Mais, avec l'expertise et le professionnalisme de l'équipe, tous ces obstacles finissent  tant bien que mal par être surmontés   

Espritcitoyen.com : Peut-on dire que tous les matériaux (cuire etc.) utilisés pour fabriquer les chaussures B&shoes sont  cent pour cent faits au Sénégal?

 

Matar  Mouhamed Baby: Malheureusement non (rires) et c'est trés dommage que nous continuons toujours à importer les matériaux qui sont initialement puisés ici.

Par exemple pour le cuir, les peaux sont ramassées ici à chaque occasion, mises dans des conteneurs, amenées en Europe pour être transformées et revendues à notre marché à des prix souvent inaccessibles.

Imaginons si une industrie locale était installée exclusivement pour la transformation de peaux, des économies d'échelle significatives allaient être enregistrées, favorisant ainsi le développement de l'artisanat.

Heureusement que l'Etat du Sénégal a un peu pris les devants en lançant la construction d'une usine de transformation à Touba et nous espérons que cette initiative soit à la hauteur de nos attentes.

 

Espritcitoyen.com : D’habitude au Sénégal les cordonniers connus plus sous le nom de  «Oudé», travaillent dans des ateliers traditionnels ou « Mbars».

Vu la qualité de tes chaussures, as-tu modernisé ton lieu de travail en gardant bien sûr la touche sénégalaise pour te distinguer des ateliers d’ailleurs?

 

Matar  Mouhamed Baby: Le lieu de travail a été un peu modernisé mais c'est plutôt la méthode de travail qui l'a été le plus. Les "MBARS" ont toujours existé et existeront toujours et vraiment sans eux, l'expertise des cordonniers n'existerait certainement pas parce que c'est là où tout est parti et que nos cordonniers ont été formés. Donc on est moderne oui mais on ne peut pas se délecter de ces ateliers.

 

Espritcitoyen.com : Matar M. baby travailles-t-il seulement sur commande? Si oui, pourquoi?

 

Matar  Mouhamed Baby: Nous travaillons le plus souvent sur commande car on a voulu garder l'esprit que chez nous le client fixe les règles. De plus, travailler sur commande répond au mieux aux besoins et exigences du client, cela faisant parti de notre identité aussi.

Néanmoins, nous proposons des modéles de base afin de faire sortir au mieux notre créativité

 

Espritcitoyen.com : Aujourd’hui au Sénégal, tout le monde parle de développement, mais nous consommons que ce qui vient d’ailleurs pensant que c’est de meilleure qualité.  D’après-toi comment peut-on procéder pour changer les mentalités?

 

Matar  Mouhamed Baby: La première chose à faire est d'abord de sensibiliser la population, leur faire comprendre que les produits qui sont faits ici sont d'autant plus de qualité que ceux qui viennent d'ailleurs ou même meilleurs. La consommation locale doit être l'affaire de tous, une volonté nationale et une réalité, pas une utopie car c'est un vrai facteur de développement.

Ensuite, nos autorités publiques doivent élaborer des politiques allant dans ce sens en limitant par exemple les chaussures importées ou bien adopter le protectionnisme ( fermer les barrières à l'importation de certains produits et permettre aux industries locales naissantes de se développer).

Enfin, la qualité de nos produits doit aussi être à la hauteur des exigences des clients, il est bon de promouvoir la consommation locale mais il est meilleur d'obtenir d'abord des produits de qualité avant d'en faire la promotion.

 

Espritcitoyen.com : Est-ce que les cordonniers qui veulent révolutionner le marché comme toi se regroupent pour mettre en place des stratégies afin de récupérer la clientèle sénégalaise et même d’ailleurs qui n’ont d’yeux que pour les chaussures made in USA, Italy, France etc.?

                                                                                                                                       

Matar  Mouhamed Baby: Oui! Cela coule de source et ils l'ont compris. D'ailleurs, des rencontres sont fréquemment organisées pour effectivement regrouper les cordonniers en associations mais aussi les éveiller par rapport aux nouvelles techniques qui sont utilisées car ils doivent être toujours à jour, c'est important.

Pour notre part, B&Shoes s'est récemment collaborée avec une autre marque de chaussures made in Sénégal nommée Katy Blue de ma soeur et mentor Caty Coulibaly qui est je vais dire l'une des références avec des chaussures de qualité exceptionnelle, trés modernes et à la pointe de la mode.

 

Espritcitoyen.com : Où est-ce qu’on peut trouver les chaussures B&shoes ? À quel prix?

 

Matar  Mouhamed Baby: En ce moment, nous avons notre boutique à Liberté 6 extension, prés du restaurant PANAMA'S, sur la route vers Camp Leclerc. On est ouvert du Lundi au Samedi, de 09h à 20h.

Vous y trouverez nos larges gammes de chaussures( ballerines, mocassin, sandales,escarpins, chaussures de ville...)

Aussi, nos clients peuvent nous retrouver sur notre page facebook en tapant juste B&Shoes, oubien sur le site de vente en ligne Ebene Store.

Nos prix varient entre 10.000 et 40.000 FCFA suivant le model de chaussures désiré.

 

Espritcitoyen.com : Dans tes réalisations je n’ai pas vu des chaussures d’enfants et de bébés. As-tu oublié les tout-petits?

Matar  Mouhamed Baby: Nos pas du tout! C'est juste qu'on n'avait pas encore commencé à faire des chaussures d'enfant parce que les moules de pied pour enfants sont difficiles à trouver. Mais, pour trés bientôt, notre collection sera disponible In Sha Allah. On est entrain de travailler là-dessus.

 

Espritcitoyen.com : Quand nous étions enfants, beaucoup d’entre nous étaient fiers de porter des chaussures BATA. Est-ce que Matar M. Baby ambitionne de créer une grande entreprise nationale qui aura le même succès basé aussi sur la qualité?

 

Matar  Mouhamed Baby: Effectivement, c'est la deuxième étape du projet. On envisage une fois notre notoriété bien en place, de mettre sur pied une grande entreprise spécialisée dans la fabrication de chaussure, mais aussi sur la transformation des peaux en produits semi finis, permettant ainsi un développement du secteur. C'est un projet ambicieux mais que nous croyons pouvoir réaliser. On est jeune, on est dynamique et on croit à notre potentiel. Notre équipe travaille chaque jour pour atteindre notre objectif majeur; faire de B&Shoes une marque à l'échelle mondiale.

 

Espritcitoyen.com : On sait qu’au Sénégal la durée de vie d’une chaussure n’est pas très longue à cause du sable, de la poussière et des mauvaises routes. Matar M. Baby va-t-il nous créer des chaussures qui pourraient non seulement être chic mais aussi qui supporteront ces aléas.

 

Matar  Mouhamed Baby:  Bien sûr ! D'ailleurs même toutes nos chaussures sont fabriquées en prenant bien en compte ces aléas. Le coté fashion et chic est important mais la résistance et la commodité de nos chaussures le sont beaucoup plus et nos clients le confirment.

Nos produits peuvent durer trés longtemps et Ma Sha Allah on s'en félicite.  



 

Espritcitoyen.com : Matar Mouhamed Baby, toute l’équipe d’espritcitoyen.com vous remercie d’avoir accepté cet entretien

 

Matar  Mouhamed Baby:  Je remercie Dieu de m'avoir donné la force jusqu'ici. Merci à vous de m'avoir accordé cette interview. Vous faites vraiment un travail remarquable et on vous encourage.

Permettez moi aussi de remercier toutes les personnes qui m'ont toujours soutenu, à ma mére, ma famille depuis Ngaye et à tous ceux qui me motivent. Je vais finir en lançant un message aux jeunes de notre pays: Vivez vos rêves et osez prendre vos vies entre vos mains. Le temps n'attend personne. Moi je me suis lancé, d'autres aussi l'ont fait, pourquoi pas vous?

Merci

 

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Commentaires

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Makhady

Très fière de tout l'engagement et le travail formidable que tu abats pour valoriser le made in Senegal. All the best!

Répondre 22/10/2016 16h11
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Ndeye coumba niang

Franchement tu fais notre fiertei nous meckois bone continuation pour ton travail et ton ambition pour le Sénégal congratulation je sais k tu va y arivei inchala k dieu t preserve des mauvaise yeux merci encore AVEC B&SHOES LA MARCHE DEVIEN UN PLAISIR

Répondre 22/10/2016 17h25
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oumy

Machallah très fière de toi bonne continuation gueum ko rek day bakh inchallah

Répondre 22/10/2016 17h44
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Fatou Klou Cisse

Congratumations bro.tu l mérite vréma cété ton rêve bilakhi.c'est une fierté pour la communauté Méckhoise.Big up bro et bon continuation.Amine

Répondre 22/10/2016 18h28
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Mahtar Baby

Merci à toi sister. Merci de me motiver!

Répondre 23/10/2016 07h49
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Mahtar Baby

Merci à vous tous. C'est vraiment gentille

Répondre 23/10/2016 07h53
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Baye Serigne Ndao

Courage jeune frère nous sommes fière de toi. la promotion de la consommation locale doit commencer par nous et tu l'as compris très tôt. For Us By Us. keep It up. As the saying goes «Whatever your goal is go for It» the best you can. I'm proud of you. Thanks a bundle to all of you. God bless.

Répondre 23/10/2016 08h57
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Mahtar Baby

Thank you dear brother. Vraiment merci de me motiver. That's kind

Répondre 23/10/2016 15h47
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Mbendita

Felicitation et bne continuation chuuu geum sa boppp kham kiga don kom t m l dit et c n'est k l debut

Répondre 23/10/2016 19h09
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Mahtar Baby

Merci honey. Merci d'être là pour moi.

Répondre 24/10/2016 07h58
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Souleymane LY

Diadieuf Bro c'est vraiment une fierté en tant que fils de Ngaye Meckhe. C'est une bonne initiative. Du courage seul le travail paye

Répondre 08/12/2016 14h25
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Mahtar Baby

Merci mon frère. Merci de nous motiver!

Répondre 19/12/2016 10h24
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